Le Premier ministre du Pérou, Yehude Simon, s’est rendu lundi dans le nord du pays
pour tenter d’établir un dialogue avec les communautés d’indiens qui paralysent les voies de communication depuis maintenant deux mois. Malgré la suspension mercredi 10 juin par le Congrès d’un
décret encadrant l’exploitation forestière, dénoncée par les indiens d’Amazonie comme favorable à la privatisation des terres, leur mobilisation ne faiblit pas. Jeudi 11 juin, des milliers
d’habitants sont descendus dans les rues de la capitale Lima et de plusieurs villes du nord du pays pour protester contre l’attitude du gouvernement dans la gestion du conflit avec les
indiens. Les députés d’opposition ont quant à eux siégé toute la nuit en signe de soutien aux manifestants. Mardi dernier déjà, la ministre de la femme et du développement social, Carmen
Vildoso avait démissionné pour marquer son « désaccord » avec ses collègues. L’Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne (Aidesep), instigatrice
du mouvement, demande simplement le respect de la Constitution et de la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail, en vertu de laquelle les peuples indigènes doivent être
« consultés chaque fois qu’une mesure législative est susceptible de les affecter directement ». Signe encourageant, le ministre de l’Environnement Antonio Brack a promis
jeudi aux indiens qu’ils seraient associés à la rédaction du décret amendé. En attendant, ces derniers continuent de bloquer routes, voies fluviales et aérodromes dans le nord du pays.
Affrontements sanglants
Ces tensions font suite à l’épisode sanglant des 5 et 6 juin provoqué par l’assaut des forces de l’ordre contre 2500 indiens qui bloquaient un important axe routier à proximité de Bagua, à
1000 km au nord de Lima. En représailles à cette agression, un millier de manifestants avaient pris en otage 38 policiers qui protégeaient une station de pompage de pétrole, entraînant une
nouvelle intervention, de l’armée cette fois. Bilan : vingt-trois policiers, au moins et une trentaine d’indiens tués, et plus de 150 blessés. Depuis le 9 avril, les indiens de l’Amazonie
péruvienne paralysent les rares axes de communication qui traversent la forêt pour protester contre les décrets d’exploitation adoptés par le gouvernement entre 2007 et 2008. Il aura toutefois
fallu en arriver à cette escalade de violence pour que le gouvernement du Pérou cesse d’être sourd à leurs appels. Reste qu’après ces affrontements, le gouvernement persiste à défendre le
« développement » très peu dirable du pays, et le président de l’Aidesep, Alberto Pizango, poursuivi pour « rébellion », a dû se réfugier à l’ambassade du
Nicaragua.
Au brésil, même combat
Cette protestation des populations qui vivent de la forêt rappelle que le poumon de la planète, régulateur essentiel du climat terrestre et refuge pour la biodiversité recule chaque année en
raison soi de l’exploitation des ressources du sous-sol, soi de l’expansion agricole. Ainsi, en plein conflit au Pérou, Greenpeace a publié le 10 juin un rapport accablant sur la gestion de la
forêt Amazonienne par le Brésil. Le document dénonce l’incohérence du lancement en 2008 par le président brésilien Lula d’un fonds de 20 milliards de dollars pour la conservation du massif
amazonien et de 41 milliards de dollars de crédits pour le développement de l’agriculture et de l’élevage, alors même que « le bétail est responsable de près de 80 % de la
déforestation » selon le gouvernement. Toujours d’après le rapport de l’organisation, « le gouvernement brésilien détient 2,65 milliards de dollars dans des entreprises
multinationales de transformation du bœuf et du cuir qui profitent du faible coût du bétail élevé dans des zones de l’Amazonie ». L’étude montre une nouvelle fois que le
développement économique prime sur les préoccupations environnementales. Une mauvaise équation selon une étude scientifique internationale publiée jeudi dans la revue Science, qui montre qu’un
tiers des zones déboisées depuis 1990 pour être converties en pâturage ont été abandonnées une fois les ressources épuisées.
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