La guyane oubliée
Lettre au Président de la République de Jean-Noël Grandvillemin, pour la délégation académique de Guyane. En Guyane, sur 10 jeunes d'une classe d'âge, 3 seulement obtiennent leur Bac, 5 sortent du système éducatif sans aucune qualification, plus d'un élève sur 2 entre au collège sans maîtriser correctement le français ou la lecture, le taux d'échec aux évaluations de CM1 et CM2 est de 80%, 3000 enfants ne sont pas scolarisés, 20% des enseignants sont des contractuels avec peu de possibilités de titularisation..
Voici résumées brièvement les conséquences désastreuses de décennies d'incurie de l'Etat à l'égard de l'Ecole de Guyane.
Les difficultés que rencontre notre département sont multiples : démographie galopante, taux de chômage record, isolement et éloignement géographique, majorité des élèves n'ayant pas le français comme langue maternelle, scolarisation tardive, manque d'internats et de structures d'accueil, pénurie d'enseignants titulaires, manque d'équipements et d'outils pédagogiques dans les établissements...
Ce constat et cette situation sont parfaitement connus des services de l'Education nationale. De nombreuses missions se sont déjà rendues en Guyane et ont émis des recommandations souvent restées lettre morte. Les plans se sont succédés sans pour autant apporter d'amélioration significative. La pirogue de l'école est prête à couler mais peu importe, pourvu que la fusée décolle !
La Guyane est-elle condamnée à rester en état de sous-développement éducatif ? Les enseignants ne peuvent l'accepter.
Ils ont manifesté leur désaccord et leur colère dès le 28 février. Suite à l'absence de réponse de la part du recteur, la mobilisation s'est amplifiée et élargie aux parents d'élèves et lycéens, en particulier dans l'ouest du département, où la situation est spécialement critique ; finalement les élus ( présidents des conseils Général et régional, députés, sénateurs, maires ) et de nombreuses composantes de la société civile ont apporté leur soutien au mouvement.
six grèves se sont succédées avec une participation massive et manifestations sans précédent. Un piquet de grève s'est installé au rectorat nuit et jour depuis le 20 mai.
Le recteur ne répond que par un silence méprisant et une absence totale de volonté de dialogue.
Les effectifs par classe sont plus élevés que la moyenne nationale, avec des conditions de travail beaucoup plus difficiles.
Monsieur le Président, n'avez-vous pas déclaré, qu'il faut "donner plus à ceux qui ont moins " ? Ne venez-vous pas d'affirmer " chacun, où qu'il se trouve et d'où qu'il vienne, aura un accès égal au savoir " ? N'avez-vous pas fait inscrire dans la loi le droit opposable à l'éducation ? Alors, nous vous prenons au mot : agissez en accord avec vos déclarations et donnez-nous les moyens, comme vous en avez le devoir, de scolariser tous les enfants de Guyane et de leur accorder lesmêmes chances de réussite que tous les autres enfants de la République.
A laisser la situation en l'état, vous installeriez ici une véritable poudrière...
C'est pourquoi nous vous demandons de donner pour mission au Recteur de la Guyane d'ouvrir de véritables négociations et de lui accorder les moyens de réajuster la dotation pour la rentrée 2008...
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