Lettre ouverte d'Evo Morales sur la directive " RETOUR "
Actuellement, dans son pays, une 4ème province vient de prononcer son autonomie, après un référendum " illégal".
Evo Morales organisera lui même un référendum le 10 Août et " le peuple dira si le changement continue ou si le modèle néo-libéral revient " : déclare-t-il.
15 juin 2008 Jusqu’à la fin de la seconde guerre mondial, l’Europe fut un continent d’émigrants. Des dizaines de millions d’européens partirent aux Amériques pour coloniser, échapper aux famines, aux crises financières, aux guerres ou aux totalitarismes européens et à la persécution des minorités ethniques. Aujourd’hui, je suis avec préoccupation le processus de la dite « directive retour ». Le texte, validé le 5 juin dernier par les ministres de l’intérieur des 27 pays de l’Union Européenne, doit être voté le 18 juin au Parlement Européen. Je sens que se durcissent de manière drastique les conditions de détention et d’expulsion des migrants sans papier, quelle que soient leur temps de permanence dans les pays européens, leur situation de travail, leurs liens familiaux, leur volonté et leurs efforts d’intégration.
Les européens arrivèrent massivement en Amérique Latine et aux États-Unis, sans visas ni conditions imposées par les autorités. Ils furent toujours bienvenus et continuent de l’être dans nos pays du continent américain, qui alors absorbèrent la misère économique européenne et ses crises politiques. Ils vinrent sur notre continent pour exploiter les richesses et les transférer en Europe, avec un coût très élevé pour les populations indigènes d’Amérique. Comme c’est le cas de notre Cerro Rico de Potosi et de ses fabuleuses mines d’argent qui ont apporté la masse monétaire au continent européen du XVIème au XIXème siècle. Les personnes, les biens et les droits des migrants européens furent toujours respectés.
Aujourd’hui, l’Union Européenne est la destination principale des migrants du monde, conséquence de son image positive d’espace de prospérité et de libertés publiques. L’immense majorité des migrants va a l’UE pour contribuer à cette prospérité, et non pour en profiter. Ils occupent des postes dans les travaux publics, la construction, les services aux personnes et les hôpitaux, postes que ne peuvent ou ne veulent pas occuper les européens. Ils contribuent au dynamisme démographique du continent européen, à maintenir la relation entre actifs et inactifs que rendent possible vos généreux systèmes de sécurité sociale et ils dynamisent le marché interne et la cohésion sociale. Les migrants offrent une solution aux problèmes démographiques et financiers de l’UE.
Pour nous, nos migrants représentent l’aide au développement que les européens ne nous donnent pas –en effet, peu de pays atteignent réellement l’objectif minimum de 0.7 % de leur PIB pour l’aide au développement. L’Amérique Latine a reçu, en 2006, 68 000 millions de dollars de transferts de fonds, soit plus que le total des investissements étrangers dans nos pays. Au niveau mondial, ils atteignent 300 000 millions de dollars, dépassant les 104 000 millions accordés pour l’aide au développement. Mon propre pays, la Bolivie, reçoit plus de 10% du PIB en transferts (1 100 millions de dollars) ou un tiers de nos exportations annuelles de gaz naturel.
Cela signifie que les flux migratoires sont bénéfiques autant pour les Européens que pour nous autres du Tiers Monde, bien que de manière marginale puisque nous perdons également des contingents de main d’œuvre qualifiés qui se comptent par millions, et pour lesquels, d’une manière ou d’une autre, nos États, bien que pauvres, ont investi des ressources humaines et financières.
Lamentablement, le projet de « directive retour » complique terriblement cette réalité. Si nous concevons que chaque État ou groupe d’États peut définir ses politiques migratoires en toute souveraineté, nous ne pouvons accepter que les droits fondamentaux des personnes soient niés à nos compatriotes et frères latino-américains. La « directive retour » prévoit la possibilité d’un emprisonnement des migrants sans papier allant jusqu’à 18 mois avant leur expulsion – ou « éloignement », selon les termes de la directive. 18 mois ! Sans jugement ni justice ! Tel qu’il est aujourd’hui, le projet de texte de la directive viole clairement les articles 2, 3, 5, 6, 7, 8, et 9 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. En particulier l’article 13 de la Déclaration annonce :
« 1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat.2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. »
Et, le pire de tout, il existe la possibilité d’emprisonner des mères de familles et des mineurs, sans tenir compte de leur situation familiale ou scolaire, dans des centres d’internement où nous savons que les dépressions, les grèves de la faim et les suicides existent. Comment peut-on accepter sans réagir que soient concentrés dans des camps des compatriotes et frères latino-américains sans papier qui, pour une immense majorité ont passé des années à travailler et à s’intégrer ? De quel côté est aujourd’hui le devoir d’ingérence humanitaire ? Où est la « liberté de circuler », la protection contre l’emprisonnement arbitraire ?
Parallèlement, l’Union Européenne essaie de convaincre la Communauté Andine des Nations (Bolivie, Colombie, Equateur et Pérou) de signer un « Accord d’Association » qui comprend en troisième pilier, un Traité de Libre Commerce, de la même nature et contenu que ceux qu’imposent les États-Unis. Nous subissons une intense pression de la part de la Commission Européenne pour accepter des conditions de profonde libéralisation pour le commerce, les services financiers, la propriété intellectuelle ou nos services publiques. De plus, au nom de la protection juridique, nous subissons des pressions à propos des processus de nationalisation de l’eau, du gaz et des télécommunications réalisés à l’occasion de la Journée Internationale des Travailleurs (1er mai - NDT). Je demande, dans ce cas, où est la « sécurité juridique » pour nos femmes, adolescents, enfants et travailleurs qui cherchent de meilleurs horizons en Europe ?
Promouvoir la libre circulation de marchandises et des finances, alors qu’en face nous assistons à l’emprisonnement sans procès pour nos frères qui essaient de circuler librement, c’est nier les fondements de la liberté et des droits démocratiques.
Dans ces conditions, si cette « directive retour » est approuvée, nous serions dans l’impossibilité éthique d’approfondir les négociations avec l’Union Européenne et nous nous réservons le droit de mettre en place pour les citoyens européens les mêmes obligations de visa imposées au Boliviens depuis le 1er avril 2007, selon le principe de réciprocité diplomatique. Nous ne l’avons pas exercé jusqu’à ce jour, justement dans l’espoir de voir de bon signaux de la part de l’UE.
Le monde, ses continents, ses océans et ses pôles, vivent d’importantes difficultés globales : le réchauffement climatique, la pollution, la disparition lente mais certaine des ressources énergétiques et de la biodiversité tandis qu’augmentent la faim et la pauvreté dans les pays, fragilisant nos sociétés. Faire des migrants, qu’ils soient avec ou sans papier, les boucs émissaires de ces problèmes globaux, n’est pas une solution. Cela ne correspond à aucune réalité. Les problèmes de cohésion sociale dont souffre l’Europe ne sont pas la faute des migrants, mais le résultat du modèle de développement imposé par le Nord, qui détruit la planète et démembre les sociétés des hommes.
Au nom du peuple de Bolivie, de tous mes frères du continent, de régions du monde telles que le Maghreb, de l’Asie et des pays d’Afrique, je lance un appel à la conscience des liders et des députés européens, des peuples, citoyens et activistes d’Europe, pour que le texte de la « directive retour » ne soit pas approuvé.
Telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est une directive de la honte. J’appelle également l’Union Européenne à élaborer, dans les mois prochains, une politique migratoire respectueuse des droits humains qui permette de maintenir ce dynamisme profitable à nos deux continents et qui répare une fois pour toute la terrible dette historique, économique et écologique qu’ont les pays d’Europe envers une grande partie du Tiers Monde, qui referme une fois pour toute les veines toujours ouvertes de l’Amérique Latine. Vous ne pouvez rater aujourd’hui vos « politiques d’intégration » comme vous avez échoué avec votre prétendue « mission civilisatrice » du temps des colonies.
Recevez, chers tous, autorités, euro parlementaires, camarades, un fraternel salut depuis la Bolivie. Et en particulier, notre solidarité envers tous les « clandestins ».
Evo Morales Ayma
Président de la République de Bolivie
Traduction : Perrine Escoriguel
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Pauvre Evo Morales, combien de temps encore pourra-t-il rester au pouvoir avec les Etats -Unis et la droite pour ennemis ?
Je l'aime bien, ce président indigène et je regrette que l'ONU ne demande pas aux Etats-Unis d'arrêter leurs pratiques en Amérique latine.( Pure utopie, hélàs )
Ci-dessous un article sur une nouvelle allocation versée par son gouvernement.
Le Courrier, mardi 12 Février 2008
Pourtant au coeur de la cosmovision indienne, la vénération des anciens n’avait pas encore trouvé sa traduction institutionnelle : jusqu’au 1er février dernier, à peine un aîné sur cinq touchait une retraite en Bolivie. C’est dire si le lancement en grande pompe, ce jour-là, de la « Rente vieillesse universelle Dignité », marque une étape symbolique et décisive pour le gouvernement du leader aymara Evo Morales, en place depuis tout juste deux ans.
Puisé pour grande part dans les recettes pétrolières, ce revenu de 20 à 30 francs mensuels (2/5 du salaire minimum) fait partie d’une série de mesures visant à réduire de moitié le nombre de Boliviens vivant sous le seuil de l’extrême pauvreté. Formellement, la Rente Dignité vient remplacer le Bonosol, une allocation moins étendue et moins dotée, que l’ancien président Gonzalo Sanchez de Lozada avait financée par la vente des entreprises publiques, au moment où il liquidait le système de retraite par répartition.
L’an dernier, un rapport gouvernemental avait annoncé le prochain assèchement du Bonosol. D’où le projet de Rente Dignité, adoptée finalement en novembre 2007, malgré l’opposition farouche de la droite. Selon les estimations de La Paz, près de 600 000 aînés devraient toucher en 2008 les 2400 bolivianos (bs) destinés annuellement aux Boliviens de plus de 60 ans ne disposant d’aucune autre allocation (1800 bs pour ceux qui touchent déjà une rente). « La Rente Dignité est un acte de justice envers les employés domestiques, les chauffeurs de taxis, les mères au foyer, les mineurs, les paysans, tous ceux qui font la richesse du pays mais qui n’ont jamais droit à rien », a proclamé Evo Morales, en référence aux « indépendants » ou informels, qui constituent l’immense majorité des travailleurs boliviens mais n’ont pas accès aux retraites par capitalisation instaurées dans les années 1990 par Sanchez de Lozada.
En 2008, la Rente Dignité redistribuera quelque 250 millions de francs, puisés principalement dans la caisse de l’Impôt direct sur les hydrocarbures (IDH), dont près du tiers lui est désormais affecté. Avec l’allocation éducative Juancito Pinto introduite en 2006 et les politiques d’encouragement à la petite production, la Rente Dignité constitue l’un des trois piliers de la lutte contre la pauvreté monétaire engagée par le gouvernement.
Actuellement, plus de trois Boliviens sur cinq vivent avec moins de 2 dollars par jour, 37% ne disposant même que de moins de 1 dollar. Un taux d’« extrême pauvreté » que La Paz entend ramener sous les 20% d’ici sept ans.
Hautement symbolique et populaire, la retraite universelle à 60 ans représente un pari aussi indispensable qu’audacieux pour un gouvernement confronté à une forte inflation et à une croissance économique bloquée à 4%. Or Evo Morales, qui a vu sa cote de popularité s’éroder, va au-devant d’une année 2008 cruciale, avec l’organisation d’un scrutin sur son projet-phare de nouvelle Constitution et peut-être la tenue d’un référendum révocatoire. Le risque, en revanche, est de voir encore s’envenimer les rapports entre l’Etat central et les régions. Car, de fait, l’allocation vieillesse, telle qu’adoptée par le Parlement bolivien, est ponctionnée pour moitié sur la cassette des communes et des neuf départements. Instauré en 2005 après d’importantes mobilisations sociales mais avant la victoire de Morales, l’IDH avait en effet été orienté par le pouvoir chancelant de l’époque au renforcement des régions contre l’Etat central. Ulcérées par cette ponction, sept des neuf provinces boliviennes ont menacé le gouvernement de « mesures de lutte » et lui ont donné jusqu’au 13 février pour revenir en arrière et trouver un autre financement à la rente. De quoi conforter les dirigeants des riches départements de Tarija et Santa Cruz dans leur stratégie de confrontation en vue de l’autodétermination.
Benito Perez