Les droits des peuples autochtones

Publié le par roselyne

Deux articles à lire sur la condition des  Pygmées.
Le premier du CADTM et le deuxième de l'UNESCO.
( photo :  UNESCO - Pigméees Aka )
Le CADTM dénonce l'extrême marginalisation des pygmées et le non respect de leur identité par la Banque mondiale.
D'autres articles très intéressants sont à lire sur leur site :
www.cadtm.org/

Malgré  la " déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones adoptée à  l'assemblée générale le 13/09/2007 ( voir blog ) les Etats ont du mal à respecter les droits des peuples autochtones ! 

Depuis 1994, l’Organisation des Nations unies a décidé de faire du 9 août la journée internationale des populations autochtones. Parmi celles-ci, on trouve les Pygmées de République démocratique du Congo, qui dépendent de ressources naturelles fortement liées à leur identité et leur culture. Par conséquent, ne pas tenir compte du mode de vie des Pygmées dans la gestion des forêts en RDC menace leur survie même.

C’est pourquoi le CADTM condamne avec force la politique de déforestation en RDC pilotée par la Banque mondiale dont les Pygmées sont principalement victimes. En 2005, douze organisations congolaises de défense des Pygmées avaient saisi le Panel d’inspection de la Banque mondiale, chargé d’enquêter sur les éventuels manquements de la Banque à ses propres politiques internes sur l’environnement, les forêts et les populations autochtones. Le rapport rendu par le Panel en 2007 et confirmé en 2008 par le Conseil d’administration de la Banque mondiale est sans équivoque : la Banque a commis de nombreuses violations et a ignoré l’existence de la communauté pygmée, ce qui leur a causé un grave préjudice économique, social et culturel. Malgré la reconnaissance de ses fautes, la Banque mondiale ne prévoit aucune réparation pour les dommages qu’elle a causés.

Le CADTM déplore le fait que, 14 ans après le lancement de cette journée internationale de l’ONU, le peuple pygmée soit de plus en plus marginalisé. Au lieu de préserver des domaines essentiels tels que la culture, l’éducation, la santé, la priorité est donnée à l’exportation des ressources naturelles, en l’occurrence le bois tropical, sur lequel repose le mode de vie des Pygmées. Depuis plus de 25 ans, la logique défendue par la Banque mondiale, notamment à travers les plans d’ajustement structurel, piétine les besoins fondamentaux des populations et sert avant tout les grandes entreprises privées, ce qui provoque une forte dégradation des conditions de vie des populations, notamment autochtones.

Au moment où le gouvernement congolais procède au réexamen des contrats d’exploitation forestière en RDC, souvent entachés d’irrégularités, il est indispensable d’accorder une attention particulière aux Pygmées en imposant aux exploitants forestiers des zones concernées de suivre des règles strictes respectant l’identité des Pygmées.

Tous les acteurs nationaux et internationaux doivent respecter la Déclaration des Nations Unies sur les peuples autochtones adoptée le 13 septembre 2007 |1| qui consacre notamment le droit des peuples autochtones à l’autodétermination et prévoit dans son article 20 que « les peuples autochtones privés de leurs moyens de subsistance et de développement ont droit à une indemnisation juste et équitable ».

Conformément à cette déclaration des Nations unies, le CADTM réclame que justice soit rendue au peuple Pygmée ainsi qu’à tous les autochtones privés de leurs terres. Plus largement, Il est temps de mettre en place un modèle économique radicalement différent basé sur la satisfaction des droits humains fondamentaux de tous les peuples. Cela passe nécessairement par l’annulation totale de la dette, illégitime et largement odieuse, et par une nouvelle architecture financière internationale.

Scolarisation et alphabétisation des pygmées Aka

 
  •  Depuis le mois de juillet 2007, le Bureau UNESCO de Yaoundé apporte son appui à une initiative de la Commission nationale centrafricaine pour l’UNESCO en faveur du « renforcement de l’accès à l’éducation des pygmées Aka de la RCA », groupe ethnique qui revêt une importance particulière pour l’UNESCO

 

En effet, les « Traditions orales des pygmées Aka de Centrafrique » ont été reconnues par l’UNESCO comme « Chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité » en novembre 2003. Pourtant, cette minorité ethnique, partie intégrante des habitants de la RCA, a longtemps été écartée du système éducatif, du fait de nombreux préjugés, et d’un mode de vie singulier.

Le projet élaboré par la Commission nationale pour l’UNESCO est structuré autour de quatre types d’activités : l’alphabétisation, l’animation culturelle, l’éducation à la citoyenneté, et l’appui aux micros projets générateurs de revenus. Les résultats attendus sont l’amélioration de l’accès à l’éducation et la valorisation de la langue Aka, parlée par les pygmées de Mongoumba et de Londo, les deux régions bénéficiaires du projet.

Pour atteindre ce double objectif, la Commission nationale pour l’UNESCO a mis en place une stratégie qui permet d’opérer une « transformation » progressive des pygmées, pour accompagner leur ouverture au monde moderne. Cette stratégie s’appuie sur une vaste campagne d’alphabétisation des pygmées qui a pour but de renforcer les motivations individuelles ainsi que les aspirations collectives légitimes de nombreux adultes qui sont obligés de s’adapter aux mutations constantes d’aujourd’hui. Elle pose la problématique du développement d’un système d’alphabétisation intégrant la préservation des atouts culturels des pygmées. Initialement définis comme un peuple de chasseurs/collecteurs nomades, les pygmées commencent à expérimenter la sédentarisation. Malheureusement, la déforestation qui intervient dans leur milieu de vie naturel, la prédominance de l’économie de marché, constituent autant de graves menaces sur leur identité culturelle si particulière. Les pygmées sont obligés de changer leur mode de vie, leur perception du monde ; c’est une condition de survie et d’intégration sociale. Les pygmées Aka sont prêts à participer à la vie de la nation, à accéder aux valeurs citoyennes universelles grâce à l’acquisition des connaissances et des aptitudes dans des domaines comme les droits de l’homme, la santé, l’économie, etc.

Le projet exécuté par la Commission nationale pour l’UNESCO avec un appui financier du Bureau vise à faciliter la transition vers le code écrit, pour passer de la tradition orale à la tradition écrite comme première étape de la conquête de nouveaux horizons. Si l’on veut à la fois préserver l’identité culturelle pygmée et ouvrir cette minorité sur le monde extérieur, il faudrait alors envisager une approche éducative particulière, proposer un calendrier scolaire flexible et concevoir des programmes éducatifs adaptés.
Il convient de signaler que l’effort déployé par l’Etat centrafricain pour la scolarisation des pygmées est relayé sur le terrain par les organisations de la société civile, qui ont une approche beaucoup plus pragmatique. Le projet initié par la Commission nationale pour l’UNESCO est mis en œuvre avec la collaboration de l’ONG « La maison de la mère et de l’enfant pygmée ».

Les premiers rapports reçus indiquent une très forte participation de la communauté pygmée retenue et une demande supérieure à l’offre de formation : deux cent pygmées se sont spontanément présentés aux sessions de formation, pour soixante places offertes. La solution de compromis trouvée a été de mettre en place un système qui facilite la répétition collective le soir et le renforcement mutuel des capacités à l’intérieur de la communauté. Les soixante apprenants reçoivent des enseignements et développement leurs aptitudes à encadrer les autres pygmées de la communauté tous les soirs.

Le travail a aussi été facilité par les différents supports mis à la disposition des alphabétiseurs centrafricains. A titre d’exemple, le ministère centrafricain de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a édité en 1995 (édition d’essai), un livret de prélecture en langue yaka. Ce ministère a aussi édité ; en version expérimentale le « syllabaire en langue yaka 1», « syllabaire en langue yaka 2», et le « syllabaire en langue yaka 3 ».

Par ailleurs, l’Association centrafricaine pour la traduction de la bible et l’alphabétisation a aussi édité deux « syllabaires en langue yaka » en version expérimentale.

Outre les sessions de formation organisées, la Commission nationale pour l’UNESCO a commandé la traduction en langue Aka de quelques extraits de la « Déclaration universelle des droits de l’homme » et de la « Constitution de la République Centrafricaine ». Un premier draft de ces textes traduits en langue Aka est disponible.

Enfin ce projet constitue une contribution non négligeable aux actions menées par l’Etat centrafricain dans le cadre de la sauvegarde, de la protection et notamment de la diffusion des espaces culturels et des formes d’expressions culturelles des pygmées Aka. Sont en cours, la numérisation des contes, des chants, de la chorégraphie et de la musique des pygmées Aka, ainsi que la préparation d’une foire culturelle des pygmées Aka.

L’expérience d’alphabétisation en milieu pygmée des populations riveraines des « Chutes de la Lobé » au Cameroun, que le Bureau de Yaoundé lancera dans les prochaines semaines, s’inspirera dans une large mesure du modèle mis en œuvre en République Centrafricaine.

 

 

 

 

 

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