Discours de Nicolas Sarkozy ; à quand des paroles aux actes ?
Une partie du discours de Nicolas Sarkozy à Toulon.

Dire la vérité aux français, c'est leur dire que la crise actuelle aura des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d'achat....
Une certaine idée de la mondialisation s'achève avec la fin d'un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l'économie et avait contribué à la pervertir...
L'idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle.
Pendant plusieurs décennies on a créé les conditions dans lesquelles l'industrie se trouvait soumise à la logique de la rentabilité à court terme...
On a laissé les banques spéculer sur les marchés au lieu de faire leur métier qui est de mobiliser l'épargne au profit du développement économique et d'analyser le risque du crédit.
On a financé le spéculateur plutôt que l'entrepreneur...
Ce système où celui qui est responsable d'un désastre peut partir avec un parachute doré, où un trader peut faire perdre 5 milliards d'euro à sa banque sans que personne s'en aperçoive, où l'on exige des entreprises des rendements trois ou quatre fois plus élevés que la croissance de l'économie réelle, ce système a creusé les inégalités, il a démoralisé les classes moyennes et alimenté la spéculation sur les marchés immobiliers, des matières premières et des produits agricoles.
Mais ce système - ce n'est pas l'économie de marché, ce n'est pas le capitalisme.
L'économie de marché c'est le marché régulé, le marché mis au service du développement, au service de la société, au service de tous Ce n'est pas la loi de la jungle, ce n'est pas des profits exorbitants pour quelques-uns et des sacrifices pour tous les autres...
Le capitalisme ce n'est pas la primauté donnée au spéculateur, c'est la primauté donnée à l'entrepreneur, la récompense du travail, de l'effort, de l'initiative...
La crise financière n'est pas la crise du capitalisme. C'est la crise d'un système qui s'est éloigné des valeurs les plus fondamentales du capitalisme, qui a trahit l'esprit du capitalisme.
Je veux dire aux français : l'anticapitalisme n'offre aucune solution à la crise actuelle. Renouer avec le collectivisme qui a provoqué tant de désastres seraient une erreur historique.( ! ) Mais ne rien faire, ne rien changer, se contenter de mettre toutes les pertes à la charge du contribuable et faire comme s'il ne s'était rien passé serait aussi une erreur historique. ( Le communisme a aussi été dévoyé ! )
La crise actuelle doit nous inciter à refonder le capitalisme. ( Nous attendons les actes.)
Il faut un nouvel équilibre entre l'Etat et le marché, alors que partout dans le monde les pouvoirs publics sont obligés d'intervenir pour sauver le système bancaire de l'effondrement.
Un nouveau rapport doit s'instaurer entre l'économie et la politique, à travers la mise en chantier de nouvelles réglementations...
Si l'on veut reconstruire un système financier et viable, la moralisation du capitalisme financier demeure une priorité.
Je n'hésite pas à dire que les modes de rémunération des dirigeants et des opérateurs doivent être encadrés.
Les dirigeants ne doivent pas avoir le statut de mandataire social et bénéficier en même temps des garanties liées à un contrat de travail. Ils ne doivent pas recevoir d'actions gratuites. Leur rémunération doit être indexée sur les performances économiques réelles de l'entreprise. Ils ne doivent pas pouvoir prétendre à un parachute doré lorsqu'ils ont commis des fautes ou mis leur entreprise en difficulté. Et si les dirigeants sont intéressés aux résultats, les autres salariés doivent l'être aussi.
S'ils ont des stocks options, les autres salariés doivent en avoir aussi ou à défaut bénéficier d'un système d'intéressement...
Les responsabilités doivent être recherchées les responsables de ce naufrage au moins sanctionnés financièrement.
Il faut réglementer les banques pour réguler le système.
Il faudra imposer aux banques de financer le développement économique plutôt que la spéculation.
La crise devrait amener à une restructuration de grande ampleur de tout le système bancaire mondial.
La France jouera un rôle actif.
Il va falloir s'attaquer au problème de la complexité des produits d'épargne et de l'opacité des transactions...
Mais il faudra bien aussi se poser des questions qui fâchent comme celle des paradis fiscaux, celle des conditions dans lesquelles s'effectuent les ventes à découvert qui permettent de spéculer en vendant des titres que l'on ne possède pas ou celle de cotation en continu qui permet d'acheter et de vendre à tout moment des actifs dont on sait le rôle qu'elle joue dans les emballements du marché et les bulles spéculatives.
Il va falloir s'interroger sur l'obligation de comptabiliser les actifs au prix du marché...
Il va falloir se décider à contrôler les agences de notation...mettre un terme au désordre des monnaies.
La monnaie est au coeur de la crise financière comme elle est au coeur des distorsions qui affectent les échanges mondiaux.
Les chefs d'Etats et de gouvernement des principaux pays concernés doivent se réunir avant la fin de l'année...
Si l'activité venait à reculer fortement et durablement, je n'hésiterais pas à prendre les mesures nécessaires pour la soutenir.
La crise appelle à accélérer le rythme des réformes non à le ralentir.
J'ai décidé d'augmenter le minimum vieillesse, les pensions de réversion les plus modestes et pour les titulaires de minima sociaux, d'accorder une prime exceptionnelle pour compenser le retard sur l'évolution des prix.
L'année prochaine 30600 emplois seront supprimés dans la fonction publique...
Au capitalisme financier il faut opposer le capitalisme des entrepreneurs...Opposer l'effort des travailleurs à l'argent facile de la spéculation, opposer l'engagement de l'entrepreneur qui risque tout dans son entreprise à l'anonymat des marchés financiers, opposer un capitalisme de production à un capitalisme de court terme, accorder une priorité à l'industrie au moment ou l'étau de la finance se desserre, voilà tout le sens de la politique économique que je veux conduire...
Dans le monde de demain le principe pollueur-payeur devra s'appliquer partout...
S'il faut moins taxer l'investissement, moins taxer le travail, moins pénaliser l'effort et la réussite, moins taxer les produits propres, il faut en revanche davantage taxer la pollution.
Utiliser la fiscalité pour relever le défi écologique, c'est indispensable...
Je crois que le bonus-malus est un bon système. 500 000 bonus distribués en 8 mois...Ce système sera étendu à d'autres produits...Comme je prends l'engagement solennel que toutes les conclusions du Grenelle de l'environnement seront mises en oeuvre.
La mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement c'est la multiplication par 4 de nos capacités de transports en commun en sites propres, la construction de 2000 kilomètres de lignes à grande vitesse supplémentaires, les autoroutes ferroviaires, les autoroutes maritimes, un milliard d'euros dans la recherche en matière de développement durable à l'horizon 2012, la rénovation de tout le parc de logements sociaux et des bâtiments publics pour les adapter aux exigences de l'économie d'énergie.
Toutes ces dépenses seront gagées sur les futures économies d'énergie.
Nous allons développer massivement les programmes de recherche dans les nouvelles sources d'énergie, les technologies propres, les nouveaux systèmes de transport comme les voitures électriques.
Le remplacement de nos centrales nucléaires de la nouvelle génération sera accéléré. ( Ce n'est pas une bonne nouvelle ! )
Tout sera mis en oeuvre pour que le programme des infrastructures de transport collectif soit effectivement engagé le plus rapidement possible.
Je veux que soit mis à l'étude un grand plan de rénovation des infrastructures des transports collectifs dans les grandes villes...
L'Etat est prêt à jouer son rôle à côté des collectivités locales, en prenant sa part de financement.
Je veux que la réforme de la formation professionnelle soit ambitieuse et rapidement mise en oeuvre. Je veux que les décisions soient prises avant la fin de l'année...
Nous allons donner aux universités la propriété intellectuelle de leurs découvertes et leur donner les moyens de les valoriser.
Le crédit d'impôt recherche a été porté à 30%, notre appareil de recherche va être réformé et une stratégie nationale de recherche va être définie...
J'ai confiance dans notre capacité à refonder le capitalisme.
Pour François Bayrou interviewé dans le journal " Les Echos " c'est le modèle lui-même qui est en cause.
Pour moi aussi d'ailleurs....mais j'espère dans un premier temps que les mesures pronées par Nicolas Sarkozy pour réguler ce capitalisme fou seront prises. Il ne faudra pas en rester en là ! .....Quand je pense que ces 700 milliards de dollars auraient pu servir à éradiquer en partie la pauvreté et donner à manger à ceux qui meurent de faim ; je me dis que le monde marche vraiment sur la tête ! C'est çà le capitalisme !
Interview de François Bayrou dans " Les Echos " .
Nicolas Sarkozy a proposé un sommet sur la crise financière et plaidé pour un « capitalisme régulé ». Vous a-t-il convaincu ?
Entre les mots et les réalités, il y a des années-lumière. Nicolas Sarkozy explique doctement que les gouvernements doivent dire la vérité aux peuples sur la gravité de la crise et punir les coupables. Peut-on lui rappeler que le gouvernement, c'est lui ? Il reprend l'antienne de la moralisation du capitalisme financier. Mais depuis qu'il le dit, y a-t-il eu quelque chose de fait ? Rien.
En outre, selon moi, cette invocation de l'existence de « coupables » et l'appel à la punition a un côté simpliste : la crise n'est pas la faute de quelques individus, elle est la responsabilité d'un système. Et ce système, c'est celui-là même que Nicolas Sarkozy a proposé comme modèle à la France. Quand il a vanté le « modèle américain », ce n'était pas autre chose que ce qui est en crise aujourd'hui, c'est-à-dire un projet de société qui accepte et même recherche la croissance des inégalités comme moteur de la société et qui fait de l'inventivité financière sans lien avec la réalité économique son enfant chéri. Ce ne sont pas les dérives du modèle qui posent problème. C'est le modèle lui-même qui est en cause.
Je ne le crois pas. Pas plus que je ne crois qu'elle puisse être cantonnée aux Etats-Unis. J'ai vu l'exubérance optimiste et soulagée des marchés à l'annonce du plan Paulson : je l'ai perçue comme un signe d'affolement de plus. La crise est d'ores et déjà systémique. Elle touche l'oxygène même de tout modèle économique : la confiance. Confiance dans l'avenir et confiance dans ses partenaires. Rien que l'énoncé du plan américain suscite des questions. On va reprendre des titres, mais avec quels périmètres et à quels cours ? Ces questions en posent d'autres. Le principe de faire payer le mauvais risque avec l'argent du contribuable, n'est-il pas problématique ? Et croire en l'étanchéité entre le système bancaire américain et le reste du monde... Je n'y crois pas plus qu'aux caissons étanches du « Titanic » : sur le papier, ils étaient garantis mais l'eau s'infiltrait partout.
Il faut penser le durable. C'est aussi important en économie qu'en écologie, parce qu'il n'y a pas d'activité économique s'il n'y a pas de confiance dans le long terme. Il faut que règles et repères soient pensés simples, fiables et stables. Donc il faut de la puissance publique. Le mot de puissance publique est pour moi plus large que la seule invocation des Etats. Car si l'on s'en remet aux décisions multiples des multiples Etats, on aura la cacophonie, la jungle et l'impuissance. L'action ne peut donc être qu'internationale, et d'abord européenne. Ce devrait donc être le temps d'un vrai FMI, capable de mettre hors la loi les paradis fiscaux et d'orchestrer la lutte contre la corruption.
Deux, si la puissance publique prend conscience de son devoir de régulation, alors il faut construire d'urgence une autorité de régulation européenne. Quand vous avez 27 autorités de régulation, vous n'avez pas de régulation. Trois, il faut élargir l'espace de la régulation : tout ce qui est produit à risque doit être soumis à régulation, aussi bien les « hedge funds », que les produits financiers acrobatiques, la titrisation du risque. Quatre, les règles de régulation doivent imposer des normes de liquidité et de solvabilité qui ne se limitent pas aux banques. Cinq, une révision s'impose : celle des normes comptables. Le « mark to market », l'idée selon laquelle tous les bilans sont réévalués à intervalles rapprochés, en fonction des prix de marché, est un accélérateur de crise, à la hausse quand le marché s'emballe, donnant une fausse impression d'aisance et de toute puissance, à la baisse en période négative, propageant l'affolement.
Enfin, il faut s'intéresser au mode de rémunération des acteurs financiers, qui favorise outrageusement la prise de risque et pousse à l'ivresse orgueilleuse, à l'hybris.
Je vous le répète : le coupable, c'est le système. Et peut-être la recherche des voyous mériterait-elle un périscope plus large... Le président de Lehman Brothers a gagné en cinq ans 354 millions de dollars. Et cela fait un énorme scandale. Faut-il rappeler à Nicolas Sarkozy que c'est 50 % de moins que ce qui a été donné en un seul jour à Bernard Tapie avec l'argent du contribuable...
Tout ce qui est de l'ordre des avantages inconsidérés devra être revu.
Tout d'abord, permettez-moi de juger un peu surprenante l'idée d'annoncer une politique économique au cours d'un meeting. Un tel propos nécessite de la mesure et de la rationalité, un cadre qui ne soit pas passionnel. Sur le fond, Nicolas Sarkozy doit d'abord reconnaître clairement que le modèle financier qui a dominé la globalisation est malsain et non soutenable à long terme, et que la contagion de la crise financière à l'économie est réelle. La France s'est engagée dans la soumission au système dominant au moment précis où celui-ci entrait dans la plus grave crise de son histoire. Elle doit aujourd'hui être une force de résistance et de proposition.
A l'été 2007, en gaspillant toutes les marges de manoeuvre budgétaires, en distribuant des avantages aux plus aisés, en servant sa clientèle électorale au détriment de l'intérêt général, comme le lui a dit avec pertinence le ministre des Finances allemand, Nicolas Sarkozy a créé un sentiment durable d'injustice qui destructure la société et déséquilibre les finances publiques. Le résultat, c'est un Etat très endetté qui va subir de plein fouet la montée des taux d'intérêt. La grenade est dégoupillée.
La seule solution aujourd'hui, c'est de remettre à plat notre fiscalité en arrêtant ce côté vibrionnant qui consiste à inventer une taxe par jour. Les Français le supportent d'autant moins que le bouclier fiscal met à l'abri les plus riches de tout effort. Le système fiscal doit être entièrement repensé et simplifié. C'est l'oeuvre de plusieurs années : il doit avantager la création, l'investissement, et non la rente. Il doit permettre de réduire les prélèvements sur le travail en pensant un transfert vers un prélèvement carbone. Et, bien sûr, un calendrier de réformes structurelles (je pense aux collectivités locales par exemple) doit permettre de réduire vraiment les dépenses publiques.
J'attends la discussion avec vigilance. Mais, a priori, je ne comprends pas pourquoi on considère comme un dogme qu'une entreprise publique dans un secteur de services publics serait par principe moins performante qu'une entreprise privée.
Je vous ai proposé un point de vue sur le discours de Nicolas Sarkozy mais j'aimerai connaître le votre.
Quant à Nicolas Sarkozy il doit passer des paroles aux actes ! C'est urgent !