Le manque de transparence sur le nucléaire continue

Publié le par roselyne

Dépôts de plutonium sous-évalués et transparence mise en cause à Cadarache

( source :Romandie News )

MARSEILLE - L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a vivement dénoncé la sous-estimation de dépôts de plutonium sur un site de Cadarache (Bouches-du-Rhône), un incident dont le CEA minimisait jeudi le risque tout en admettant un défaut de communication.

L'ASN a décidé mercredi de classer l'incident au niveau 2 de l'échelle de gravité Ines (qui en compte 7) après que le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) de Cadarache l'eut informé de la sous-estimation de ces dépôts constatés sur son Atelier de technologie du plutonium (ATPu). Selon le CEA, les dépôts récupérés à ce jour, d'abord évalués à quelque 8 kg, sont en fait de l'ordre de 22 kg et pourraient s'élever à 39 kg.

Selon l'ASN, le CEA avait connaissance de l'incident depuis juin.

Le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo a estimé que "l'exigence de transparence doit être absolue en matière de sûreté nucléaire" et "regrette profondément qu'un tel délai se soit écoulé entre la découverte de cette situation et sa déclaration".

Pour Greenpeace, "il s'agit d'une des situations les plus graves et les plus critiques que l'on ait pu rencontrer dans une installation nucléaire depuis longtemps".

Le Réseau Sortir du Nucléaire a pour sa part accusé les autorités d'être "manipulées par l'industrie nucléaire" et d'être "incapables de contrôler les exploitants".

"L'incident n'a eu aucune conséquence", relève l'ASN. "Toutefois, la sous-estimation de la quantité de plutonium a conduit à réduire fortement les marges de sécurité prévues" pour la "masse critique", au-delà de laquelle la concentration de matières fissiles peut générer une réaction en chaîne.

"Une exploitation nucléaire doit maîtriser les quantités de matière. C'est à l'exploitant de faire des tests pour évaluer les rétentions de matière. Il devait être capable de gérer", a dit à l'AFP Laurent Kueny, chef de la division de l'ASN de Marseille.

Pour Greenpeace, il y avait dans le site de Cadarache l'équivalent de cinq bombes nucléaires.

Mais pour Henri Maubert, porte-parole du CEA à Cadarache, dans ce cas précis il n'y avait "pas de danger" car le plutonium était réparti dans 450 "boîtes à gants", ce qui n'en faisait pas "une masse critique".

Selon lui, les dépôts de plutonium concernés se présentent sous la forme de fines poudres dissimulées dans les interstices des "boîtes à gants" de l'ATPu, ces enceintes étanches permettant d'accéder de façon sécurisée à des zones contenant de la matière nucléaire.

Au total, l'ATPu, site inauguré en 1964 et en cours de démantèlement depuis mars, comptait quelque 450 boîtes à gants, actuellement en cours de démontage, ce qui explique la difficulté de l'évaluation, justifie le CEA. Un inventaire complet sera disponible "d'ici un mois".

En attendant, l'ASN a suspendu l'arrêt des travaux sur l'installation et le CEA a pris acte des critiques de l'ASN sur sa communication.

"On n'a pas caché la situation, on a attendu d'avoir une vision globale", a souligné M. Maubert, assurant de la "bonne foi" du CEA.

Selon Sortir du Nucléaire, "ces 30 kg de plutonium en trop pourraient cacher un trafic entre la France et les USA en 2004".

Une accusation démentie par le CEA, qui assure que la proportion de plutonium américain, utilisé en 2004 dans le cadre d'"une démonstration de faisabilité" du processus utilisé par le site, était "infime" et que les dépôts "sont liés aux 40 ans d'histoire de l'ATPu".

Ce dernier a eu pour activité principale la production de combustible MOX pour les réacteurs nucléaires. Son activité industrielle a été arrêtée en 2003.

(©AFP / 15 octobre 2009 14h38)

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