Vu du Sud
Bien exploitée, l' envolée des prix des produits de base peut offrir une alternative économique aux pays en développement.
- Comment les pays en développement peuvent-ils tirer parti de la tendance à la hausse du prix des produits de base pour relancer leur croissance économique ?
La conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement
s'est efforcée de répondre, au cours d'une table ronde dans le contexte international dominé par la flambée des prix alimentaires.
A la fin du xx ème siècle, les prix des produits de base étaient plus bas, essentiellement en raison de la faible croissance de la demande par rapport à l'offre. Ils sont repartis à la hausse depuis 2002, en raison de la demande des pays en développement nouvellement industrialisés. ( entre autre )
Une reprise durable de la demande en produits de base dans le commerce mondial s'est produite , donc une hausse à long terme de ces produits.
Il s'ensuit que les pays en développement à faible revenu et dont les économies sont tributaires des produits de base pourraient tirer suffisamment de gains du commerce de ces produits pour atténuer les problèmes de financement qu'ils rencontrent et favoriser une croissance économique soutenue.
La 12ème session de la CNUCED est l'occasion pour la communauté internationale de s'entendre sur un plan d'action international visant à s'assurer que l'envolée actuelle des prix des produits de base contribue à cette dynamique.
Les économistes de la CNUCED plaident pour que les pays en développement profitent de cette situation pour diversifier leurs économies et réduire de ce fait leur dépendance envers l'exportation des produits de base, dont les prix peuvent décliner.
Mais les pays qui ont entamé cette transition sont encore peu nombreux.
L'exemple des pays exportateurs de pétrole :
Indiquant que 95% des revenus à l'exportation de son pays étaient constitués par la vente de pétrole, le Ministre de l'industrie de l'Angola a reconnu les risques d'une telle dépendance.
Le Gouvernement Angolais a donc décidé de miser sur le renouveau d'autres secteurs d'activité, grâce aux ressources générées par l'industrie pétrolière , et à l'ouverture d'un programme de 4 milliards de dollars signé avec la Chine, qui est un modèle exemplaire de la coopération Sud-Sud, largement encouragée aujourd'hui. ( ! )Fait sans précédent, le taux de croissance de tous les secteurs industriels angolais a été l'an dernier supérieur à celui du secteur pétrolier, s'est félicité le Ministre.
A Oman , le pétrole représente 66% des ressources de l'Etat. " Le Gouvernement profite de cette manne financière pour financer le développement d'autres industries", a expliqué un participant. Avec le secteur touristique, ouverture prochaine d'une station balnéaire dont les infrastructures auront coûté 3 milliards de dollars, plus un port industriel destiné à revaloriser le littoral omanais.
La représentante du Vénézuéla a défendu les bienfaits du programme " Pétrocaribe" qui est une alliance entre les pays caraïbes et le Vénézuéla, qui permet aux États Caraïbes d'acheter le pétrole vénézuélien à des conditions préférentielles.
La reprise en main des secteurs miniers nationaux :
Anciennement appelé "Côte d'or " , le Ghana a réfléchi a un plan qui permettrait à l'industrie minière de profiter non seulement aux sociétés minières mais aussi aux pays où elles travaillent ;
Le secteur minier emploi actuellement 17500 personnes, et n'apporte qu'une contribution " minime " de 6,44% au PNB ghanéen alors que le cours de l'or ne cesse de grimper.
Le Ghana exploite l'or, le diamant, la bauxite, le manganèse et compte se lancer dans l'exploitation d'autres matières premières comme le kaolin ou la colombite ;
Le Gouvernement a établi un Comité National chargé d'examiner les moyens d'accroître les revenus miniers et de renforcer la valeur ajoutée des produits.
Il entend amender des lois libérales qui sont " trop favorables " aux investisseurs." Ce secteur d'activité doit s'intégrer à l'économie nationale " déclare le Ministre.
Productrice de 11 millions de tonnes de fer par an pour un potentiel de 30 millions de tonnes, la Mauritanie, dont le Gouvernement détient 70% des actions de ce secteur, tire un grand profit de l'envolée actuelle des produits de base, d'autant que le pays est riche d'autres ressources naturelles.
La Mauritanie a déjà procédé à la défiscalisation des importations, l'Etat renonçant ainsi à des ressources importantes. Elle consacre aussi des ressources à la stabilisation des prix des denrées alimentaires, ce qui risque de faire exploser la Caisse de compensation. Que faire ?
Le Ministre a proposé la reconstitution des caisses de compensation des organisations financières internationales. Il a aussi appelé à la lutte contre les distorsions commerciales telles que les taxes à l'exportation prohibitives qu'imposent des pays comme l'Inde et l'Argentine. Il a jugé essentiel d'entamer une réflexion sur les questions d'approvisionnement, car le marché ne joue plus son rôle. Les risques sont tellement élevés aujourd'hui dans le secteur alimentaire que les importateurs ne veulent plus importer.( ! )L'Etat est obligé de prendre le relais en opposition à tous les principes de libéralisation . ( ! ) En Mauritanie, le secteur privé en est réduit à demander au Gouvernement de contacter le Gouvernement d'un pays exportateur pour qu'il autorise son secteur privé à vendre tel ou tel produit. " Cette situation est intenable " conclut le Ministre.
Les défis qui se posent aux pays exportateurs des produits agricoles de base :
L'augmentation du prix des produits de base peut s'avérer à double tranchant. Alors que les pays exportateurs de minerais et de pétrole ont réalisé de larges bénéfices, de nombreux pays en développement à faible revenu ( PMA, pays les moins avancés ) , tributaires de leurs exportations de produits agricoles, en particulier en Afrique sub-saharienne, ont vu les prix de leurs exportations dépassés par ceux de leurs importations ( carburants et denrées alimentaires ) , et font donc l'expérience d'une détériorisation significative des termes de l'échange.
La hausse actuelle du prix des denrées alimentaires à un effet perturbateur, provoquant inflation et insécurité alimentaire, en particulier dans les pays pauvres.
Le secrétaire d'Etat au commerce de l'Ouganda, pays " béni des Dieux " , a plaidé pour que l'on change les règles du jeu. Le café devrait être torréfié en Afrique et le coton transformé en fil ou en tissu sur place." La hausse des prix des produits de base est l'occasion idéale pour aller de l'avant ", a-t-il dit, en soulignant que pour profiter de cette situation, les PMA doivent surmonter les problèmes liés au manque d'infrastructures physiques et de capacités de transformation. Le développement des infrastructures est le problème n°1. Le Ministre en charge du développement et du commerce du Sri Lanka a confirmé les graves problèmes posés par l'absence d'infrastructures et la distribution, que le pays essaie de surmonter par la mise en place de coopératives.
Pistes de solutions :
Le représentant du sri Lanka a mis l'accent sur la question fondamentale de la valeur ajoutée. Le Gouvernement Sri Lankais a choisi d'investir dans les secteurs de pointe pour améliorer la qualité des produits, notamment du thé et de la cannelle, dont le Sri Lanka produit 90% de la demande mondiale, et de privilégier un développement économique respectueux de l'environnement.
Même message pour le représentant de l'Argentine, dont le pays a renoncé à exporter de la viande congelée dans un marché pour se concentrer exclusivement sur la viande fraîche de très haute qualité.
Le Bangladesh , a dit son représentant, est le plus grand producteur de riz au monde avec 30 millions de tonnes par an. L' an dernier, il a dû importer 2,5 millions de tonnes de riz.
Le fait que le prix du riz a augmenté de 7% et que les paysans consacrent 62% de leurs revenus à l'achat des denrées alimentaires ne tient pas qu'aux caprices du temps, a insisté son représentant.
Il a d'abord imputé cette situation à la hausse du prix du pétrole mais sur surtout au voisinage de son pays avec l'Inde et la Chine, deux grands producteurs de riz, dont les variations des prix affectent le Bangladesh. Il a donc donc dénoncé le manque de coordination sur le marché du riz, en appelant une révision des politiques de fixation des prix.
C'est exactement la raison pour laquelle l'initiative mondiale pour les produits de base " a été lancée en mai 2007, a indiqué son directeur. Il faut, une fois pour toute, briser la conspiration du silence de la communauté internationale par rapport à la problématique de ces produits.
Le représentant du Brésil s'est élevé contre l'affirmation qui établit un lien entre les biocarburants et l'augmentation des prix des denrées alimentaires. Il a invité les délégations à faire la distinction entre les facteurs structurels tel que l'augmentation de la demande, et les facteurs à court terme, tels que la spéculation sur les marchés internationaux. Les biocarbrants, s'est-il expliqué, sont fabriqués à partir de différentes plantes. Au Brésil, l'éthanol est produit en n'utilisant que 10% de la culture de la canne à sucre, une culture présente dans le pays depuis plus de 500 ans.
Le Brésil compte doubler la superficie des terres arables sans s'attaquer à la forêt amazonienne. (! )
La crise alimentaire actuelle, a conclu le représentant, montre la nécessité de miser sur la technologie et la mettre au service de l'agriculteur. L' Organisme brésilien de recherche agricole signe des accords de coopération technique avec de nombreux pays dont le Ghana." Le Brésil ne subventionne pas sa production d'éthanol " dit le représentant de la FAO.
"Combien de temps pourra-t-on alimenter la production de biocarburant, compte tenu des pressions actuelles sur le marché des denrées aliemntaires ? ", ajoute-t-il. Pour lui, le marché des céréales devrait retrouver sa sérénité dans un an. " La communauté internationale doit réfléchir à la manière d'apporter une vraie assistance commerciale aux pays concernés. Il a aussi prôné l'harmonisation des règles commerciales." Il faut, renchérit le représentant de la Côte d'Ivoire, qu'on examine le caractère structurant des produits de base dans les économies nationales et les nouveaux paradigmes de coopération Nord-Sud, Sud-Sud pour atténuer la volatilité des prix.
L'examen doit aboutir à des recommandations techniques destinées à changer le visage des produits de base et promouvoir une révolution verte articulée autour d'une agriculture fondée sur l'autosuffisance. Il a aussi prôné la conception et la mise en oeuvre de stratégies concertées de mise en marché, la création d'une nouvelle architecture des organismes internationaux chargés des produits de base, et le renforcement des capacités institutionnelles et humaines dans la maîtrise des normes de qualité et de traçabilité des produits.
"La CNUCED, dit le représentant ivoirien, doit lancer les discussions sur toutes ces questions."