L'alimentation des européens viendra d'ailleurs par la CONF'

Publié le par roselyne

" L'alimentation des européens viendra d'ailleurs "

Un article de la Confédération paysanne.

 

La  Commission  européenne poursuit la conversion de ses politiques à la mondialisation libérale de l’économie. Ses nouvelles propositions sur l’évolution de la Pac en sont encore l’illustration. Elles sont à rejeter absolument.

« L’Europe n’a pas la volonté de produire toute l’alimentation dont les Européens ont besoin ». Ainsi s’exprime le 20 mai Jean-Luc Demarty, directeur général de l’Agriculture et du développement rural à la Commission européenne, lors de sa présentation des propositions de la Commission sur les évolutions de la Pac. Voilà qui est dit. Produire des excédents coûtait une fortune : plutôt être déficitaire et importer à bas prix !


Dans le même temps, la Commission assure que les mesures envisagées permettront de répondre aux nouveaux défis, notamment ceux du changement climatique et de la gestion de l’eau. Quel raisonnement pousse les décideurs européens à une telle confusion ? Une cause majeure du réchauffement climatique est le développement des transports. Comment alors résoudre le problème en faisant se promener des denrées alimentaires d’un bout à l’autre de la planète, ou en poursuivant la déforestation pour produire des agrocarburants… afin d’assurer les transports ? De même que l’utilisation de l’eau des pays du Sud – souvent rare –pour produire l’alimentation des pays du Nord ne paraît pas un acte de meilleure gestion de l’eau.

Dans son exposé des motifs, la Commission européenne explique : « La hausse continue du prix des matières premières conforte la conclusion qu’il est nécessaire de supprimer les derniers mécanismes de contrôle de l’offre prévus par la Pac (quotas laitiers, gel des terres). » Est-il bien moral de faire croire que le tout-marché résoudra le problème de l’accès des pauvres à l’alimentation ? Qui peut le croire ?

Les propositions actuelles qui veulent faire disparaître les moutonniers d’Europe (cf. Campagnes Solidaires n°229) et hypothèquent l’avenir des élevages bovins et des productions locales de fruits et légumes, poussent au développement des importations d’agneau de Nouvelle-Zélande, de viande bovine d’Amérique du Sud, de fruits et légumes produits là où la main d’œuvre est facilement exploitable. Elles doivent absolument être rejetées. Elles ne pourront l’être que par des politiques responsables, conscients que leurs décisions impactent le terrain.

La machine s’emballe. La bataille sera rude pour inverser le cours des décisions. Les meilleures armes dont nous disposons sont notre parole, nos actes, notre mobilisation de paysans et de citoyens. Il faut expliquer les enjeux, démonter les arguments du tout-marché et montrer que d’autres solutions existent. Elles s’appellent : régulation, maîtrise, relocalisation… Ces mots doivent devenir des actes politiques, ceux que nous attendons de nos élus.

La Confédération paysanne invite dès aujourd’hui (1), en tant que syndicat paysan, les citoyens européens à s’approprier les questions agricoles et à se rassembler à Annecy les 21 et 22 septembre où se tiendra une réunion capitale des ministres de l’Agriculture de l’Union. Nous exigeons d’autres orientations pour la Pac.


Véronique Villain,
Paysanne en Seine-Maritime,
Secrétaire nationale de la Confédération paysanne
Article paru dans Campagnes Solidaires, n° 230, juin 2008
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Publié dans agriculture

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