3 articles pour éclairer le problème " Georgien "

Publié le par roselyne

Trois articles pour éclairer la situation en Georgie.
L’omelette de Saakashvili.
 
 par CHIESA Giulietto
 
Maintenant les oeufs sont cassés. C’est Saakashvili qui l’a fait, pas Poutine ou Medvedev. Demander à la Russie de reprendre ces oeufs n’a aucun sens. Il faudra à présent beaucoup de sang froid et un réexamen de tout le panorama. Alors qu’au contraire la nervosité étasunienne exsude en Europe à Tallin, Riga, Vilnius, Varsovie et – plus que partout ailleurs - à Kiev.

La reconnaissance explicite par la Russie de la souveraineté de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie a soulevé des vagues d’indignation dans presque toutes les chancelleries occidentales. Qui prennent l’air d’avoir été surprises. En réalité Dmitri Medvedev n’a rien fait d’autre que donner libre cours à ce qu’il avait déjà dit explicitement au cours des combats.

Le gouvernement russe - avait déclaré le chef du Kremlin- se règlera sur la base de la volonté exprimée par les peuples d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. Et établira sa propre politique extérieure sur la base de cette volonté. Un peu de réalisme serait utile : la Russie ne reviendra pas en arrière, donc, lui demander de le faire n’a aucun sens. Malheureusement pour la Géorgie et ses habitants, c’est là la conséquence aussi inévitable que logique de la terrible erreur de calcul de Saakashvili et de ses conseillers étasuniens, quels qu’ils aient été.

On ne devrait pas oublier – ceux qui continuent à décrire les « prétentions » de l’ours russe et de ses « ruses cruelles » - que Moscou, avant l’agression géorgienne contre l’Ossétie du Sud, n’avait reconnu la souveraineté d’aucune de ces deux régions qui s’étaient autoproclamées indépendantes. Et que cette situation durait depuis bien 12 années. Quelles qu’en soient les raisons, il n’en demeure pas moins que Moscou n’a pas voulu forcer la situation ni créer de choix irréversibles jusqu’aux événements de ce mois d’août.

Maintenant les oeufs sont cassés. C’est Saakashvili qui l’a fait, pas Poutine ou Medvedev. Demander à la Russie de reprendre ces oeufs n’a aucun sens. Il faudra à présent beaucoup de sang froid et un réexamen de tout le panorama. Alors qu’au contraire la nervosité étasunienne exsude en Europe à Tallin, Riga, Vilnius, Varsovie et – plus que partout ailleurs- Kiev. Il a été évident immédiatement après la dévastatrice défaite militaire géorgienne, que l’Europe réagissait en ordre dispersé. Deux perceptions différentes et, d’une certaine façon, opposées se sont manifestées quand les présidents des républiques baltes européennes, plus Kaschinsky et Youchenko, se sont rassemblés à Tbilissi pour soutenir l’agresseur ; alors que le reste de l’Europe prenait le temps de retrouver son souffle. A partir de là, soutenues par les vents atlantiques de Washington, se sont multipliés les appels à adopter une ligne dure contre Moscou : et, bien que Sarkozy ait gardé la tête froide à Moscou - en contribuant à fixer les lignes d’une trêve- la situation politico-diplomatico-militaire s’est sérieusement détériorée jusqu’à en arriver à ce glaçant ballet des navires de l’OTAN en Mer Noire, en face des bateaux russes. Il faudrait maintenant éviter que quelqu’un n’essaie de faire des trous dans le très fragile tissu de la trêve.

Et cela, aussi, parce que les endroits où ce tissu est très mince sautent aux yeux. La Russie fonde à présent sa position sur le document élaboré en 1999 par la Commission conjointe de contrôle (JCC) sous médiation de l’OSCE, l’Organisation pour la Sécurité et la coopération en Europe. Ce document a été signé par les quatre membres de la JCC : les gouvernements de Russie et Géorgie et les représentants d’Ossétie du Nord (République autonome et sujet fédéral de la Russie) et d’Ossétie du Sud, entité sans définition juridique précise, qui s’est proclamée indépendante.

Ce document, non seulement reconnaissait à la Russie un devoir de maintien de la paix, mais autorisait ses forces d’interposition à contrôler un « couloir de sécurité » large de 8 kilomètres, à partir de la frontière définie par l’accord de Dagomys en 1992 : c’est avec cet accord que s’était terminée - et dans ce cas là avec la médiation de la Communauté des Etats Indépendants (Csi)- la première guerre entre la Géorgie et l’Ossétie du Sud.

Les forces d’interposition russes étaient autorisées à installer une garnison dans certaines zones du territoire géorgien, dont une partie dans l’artère autoroutière principale qui traverse la Géorgie horizontalement, d’est en ouest. En réalité les russes n’avaient pas fait usage de cette autorisation, ils s’étaient établis à l’intérieur de l’enclave sud-osséte et participaient aux garnisons quadripartites et sans armes qui contrôlaient la ligne de frontière. Le tout sous la surveillance d’un groupe d’observateurs européens qui avaient des possibilités limitées de mouvement sur le territoire ossète et étaient basés à Tzkhinvali.

Il est à noter, enfin, que la ligne de démarcation de Dagomys concédait à l’ Ossétie du Sud environ la moitié du territoire qui, à l’époque soviétique, avait été donné au District Autonome de l’Ossétie du Sud à l’intérieur de la République Socialiste Soviétique de Géorgie. D’où naissent aujourd’hui les polémiques sur le « retrait » russe. Tout dépend de ce que l’on entend. Moscou déclare l’avoir effectué, et entend qu’elle est en train de contrôler maintenant l’ensemble du couloir prévu par l’accord Jcc. La Géorgie et nombre de journalistes occidentaux, qui voient les troupes russes contrôler la route géorgienne, affirment que les russes sont hors du territoire de l’Ossétie du Sud. Ce qui est vrai mais n’implique aucune violation des accords précédents. Et après ce qui c’est passé, il semble difficile de prétendre aujourd’hui que les Russes ne surveillent pas les mouvements éventuels des troupes géorgiennes très à proximité de la frontière. D’autant plus que Saakashvili avait effectué un geste très clair en Mars dernier en sortant unilatéralement des discussions quadripartites de 1999, de toutes façons paralysées depuis environs 4 ans. Il est évident que ce geste avait alarmé le Kremlin. Et cela explique parfaitement - en plus d’autres éléments que nous ne pouvons approfondir ici – pourquoi Moscou n’a pas été prise au dépourvu par l’attaque géorgienne du 7 août. Mais aujourd’hui non seulement la Jcc n’existe plus, la Géorgie est également sortie de la CEI, cette Communauté des Etat Indépendants qu’Eltsine avait créée comme feuille de vigne pour cacher la dislocation soviétique et faire tenir ensemble, d’une manière ou d’une autre, les douze républiques ex soviétiques restantes (sauf les trois baltes).

Donc formellement la Géorgie d’aujourd’hui ne reconnaît plus ni les accords de Dagomys, ni la JCC de 1999, ni le rôle des forces d’interpositions russes et, dernière rupture, elle a cessé toutes relations diplomatiques avec Moscou. Il suffit d’une allumette pour qu’un incendie éclate. La reconnaissance de la souveraineté des deux républiques et les accords de coopérations - y compris militaires, qui suivront immédiatement – est aujourd’hui le motif juridique qui autorisera la présence des troupes russes. C’est une jurisprudence assez faible. Il s’agit aujourd’hui de voir si l’Europe sera capable de convaincre la Géorgie de revenir au statut précédent. Peut-être en demandant à la Russie d’autoriser la présence d’un contingent d’observateurs européens dans ce couloir. Mais en tout cas, l’« intégrité territoriale » qui pouvait être revendiquée au niveau diplomatique, du moins en théorie, par Tbilissi, n’a plus aucune possibilité d’être restaurée. Dans cette nouvelle situation la Géorgie a perdu définitivement la possibilité même – tout à fait théorique (qui demeure pour la Moldavie, et l’Azerbaïdjan, de reprendre possession, on ne sait quand, de la Transnistrie et du Nagorny Karabakh) – de pouvoir reprendre le contrôle des territoires qu’elle revendique. Une entrée dans l’Otan transformerait la crise d’aujourd’hui en une confrontation militaire directe avec la Russie. Son entrée en Europe y apporterait la guerre.

Giulietto Chiesa est député européen, et journaliste ; il a été correspondant à Moscou de plusieurs journaux italiens.  www.giuliettochiesa.it 

Traduit de l’italien par Ludmila Acone et Marie-Ange Patrizio

Edition de dimanche 31 août 2008 de il manifesto

 
La Sixième flotte « humanitaire » arrive en Mer Noire, et des missiles nucléaires « humanitaires » dans les ports géorgiens
 
DINUCCI Manlio
 

 

La Sixième flotte « humanitaire » arrive en Mer Noire

A Camp Darby, la base logistique de l’armée étasunienne, entre Pise et Livourne, a été activé l’envoi de « fournitures humanitaires » en Géorgie. La base – d’où est déjà partie la majorité des armements utilisés par les Usa dans les deux guerres contre l’Irak et dans celle contre la Yougoslavie- a en effet été utilisée pour le stockage et la maintenance des « aides humanitaires » de l’Usaid, dont elle est le plus grand centre en Europe. Le transport des aides destinées à la Géorgie est effectué par le Fleet Logistic Support Squadron 46, qui a transféré dans l’aéroport de Pise du personnel et des avions provenant de la base navale de Marietta, aux Etats-Unis. Officiellement il s’agit de milliers de couvertures et kits d’hygiène (brosses à dents, dentifrices, rasoirs, peignes et savons). Et le général Bantz J. Craddock, chef du Commandement européen des Etats-Unis (EuCom), est allé en Géorgie avec le responsable de l’Usaid, officiellement : pour « inspecter les colis d’aide humanitaire ».

D’autres « aides humanitaires » sont transportées en Géorgie par la mer. Mais pas par des navires marchands, comme il serait logique, mais par des navires de guerre : deux unités de l’US Navy et une de la Garde côte. L’opération est dirigée par le Commandement des forces navales Us en Europe, dont le quartier général est à Naples. C’est de Crète par contre qu’est parti pour la Géorgie le contre-torpilleur lance-missiles McFaul. Et de Gaeta, le garde-côtes Dallas et le Mount Whitney : unité navale C41 (contrôle, communications, ordinateurs et services secrets) la plus sophistiquée de la marine étasunienne, unité considérée comme la plus avancée au monde.

Après avoir participé à l’opération Enduring Freedom, en appui à la guerre en Afghanistan, et à la guerre contre l’Irak, le Mount Whitney a été transféré en Méditerranée et, en 2005, il est devenu le navire amiral de la 6ème flotte. Grâce à une capacité technologique qui « n’a pas d’équivalent dans le monde entier », le Mount Whitney peut se connecter avec n’importe quel point sur la terre, en transmettant n’importe quelle sorte de communication de façon cryptée, et en recueillant « les informations les plus opportunes » sur les forces adversaires, pour les transmettre ensuite au Centre d’intelligence conjoint. Ce navire, amiral de la 6ème flotte, est utilisé par le commandant de la Task Force conjointe qui peut, de là, diriger toutes les unités qui sont à ses ordres ; il est à présent envoyé en Mer Moire, officiellement, pour apporter des couvertures et des kits hygiéniques, et aliments pour enfants.

Le but réel de l’opération est annoncé par le général Jon Miller, chef de l’Escadre d’évaluation : composée de 102 spécialistes, envoyée en Géorgie par le Commandement européen des Usa. Pour le moment, a-t-il déclaré à Stars and Stripes (22 août), l’EuCom focalise sa mission sur « l’aide humanitaire » mais « il est prêt à faire une évaluation de l’état des forces armées géorgiennes ». Plus explicitement, le sén. Joe Lieberman, arrivé en Géorgie avec une délégation du Congrès (étasunien), a déclaré que les Etats-Unis doivent fournir une assistance aux forces armées géorgiennes, en les dotant des plus modernes armes anti-aériennes, et anti-chars, et en continuant l’entraînement des troupes. Comme l’indique Stars and Stripes, « environ 70 membres de l’escadre de Miller étaient déjà en Géorgie pour entraîner des troupes au moment où a commencé le conflit avec la Russie », c’est-à-dire quand les troupes de Tbilissi ont attaqué l’Ossétie du Sud. Cela confirme ce qui a été dit, dans une interview à Der Spiegel, par l’ex-chancelier allemand Gerard Schroeder, qui doute que « les Etats-Unis n’aient pas été informés de l’offensive initiale géorgienne, étant donné qu’ils ont des conseillers militaires basés à Tbilissi ».

La manœuvre étasunienne de déployer le navire amiral de la Sixième flotte et quelques autres navires en Mer noire, au bord du territoire russe, alimente à présent de nouvelles tensions avec Moscou. Et ce n’est pas un hasard si cela se passe au moment le plus délicat, celui du retrait des forces russes de Géorgie, et de la définition du statut de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. En compensation, des brosses à dents de l’Usaid vont arriver en Géorgie sur des navires de guerre.

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Edition de samedi 23 août 2008 de il manifesto
 


Missiles nucléaires « humanitaires » dans les ports géorgiens

Dimanche dernier (24 août 2008) est arrivé dans le port géorgien de Batoumi le contre-torpilleur lance-missiles « McFaul », le premier des navires de guerre étasuniens officiellement destiné au transport d’ « aides humanitaires », dans une opération dirigée par le Commandement des forces navales étasuniennes en Europe, basé à Naples. Pendant que le navire déchargeait des kits hygiéniques, bouteilles d’eau minérale et autres denrées « données par l’Usaid », le capitaine John Moore, commandant de la Task Force Us assurait : « Nous sommes ici en mission humanitaire ».

Le New York Times indique (24 août) que, de cette façon, Moore « amenuisait la signification d’un torpilleur qui apporte des aides ». Le McFaul – rappelle le journal- est doté d’un « système radar très sophistiqué » et de divers armements, dont « des missiles de croisière Tomahawk qui peuvent transporter des missiles conventionnels ou nucléaires, même si la marine, pour des raisons de sécurité, ne précise pas si les navires transportent des armes nucléaires ». Sous peu, avec d’autres navires de guerre eux aussi en « mission humanitaires » arrivera en Mer Noire, venant de Gaeta, le Mount Whitney, navire amiral de la 6ème flotte, doté du système de communication et surveillance le plus sophistiqué du monde .

Entre-temps, quatre navires de guerre sont entrés en Mer Noire le 21 août, navires appartenant aux Usa, Allemagne, Pologne et Espagne, pour une manœuvre de l’Otan dont la durée est prévue sur trois semaines. Le groupe naval, a déclaré le vice commandant de la Composante maritime alliée, effectue « une visite de routine en Mer Noire, déjà programmée, pour interagir avec la Roumanie et la Bulgarie, nos partenaires Otan ». Il précise cependant que le groupe naval constitue « une noyau fondamental de la Force de riposte de l’Otan (Nrf) ». Quand elle est utilisée, la Nrf dont les unités sont fournies par rotation par les pays de l’Otan, est directement mise aux ordres du « commandant suprême allié en Europe » (toujours un général étasunien).

Avec cette manœuvre, l’Otan est donc en train de se préparer à un éventuel envoi de la Nrf dans la région du Caucase, tandis qu’arrivent en Mer Noire des navires de guerre étasuniens, dont le navire amiral de la 6ème flotte. C’est un défi ouvert qui est lancé à la Russie, non pas en paroles mais par des faits, juste au moment où la marine russe est en train de faire rentrer dans ses bases de Sébastopol, en Crimée, les unités qui avaient été utilisées dans le conflit géorgien.

On annonce en même temps une autre manœuvre militaire en Géorgie, après « Immediate Response 2008 », à laquelle avaient participé des troupes étasuniennes, géorgiennes, ukrainiennes, azéris et arméniennes, juste avant l’attaque contre l’Ossétie du Sud par la Géorgie. La nouvelle manœuvre, appelée Georgian Express 2008, emploiera des forces spéciales britanniques, qui instruiront les géorgiens sur les opérations dans les zones aériennes urbaines. Les militaire britanniques, tout comme ceux des Usa dans la précédente manœuvre, seront déployés dans la base de Vaziani, à moins de 100 Kms de la frontière russe.

Il est clair que les Usa et l’Otan entendent reconstruire au plus vite le potentiel militaire géorgien, sorti assez mal en point du conflit avec l’armée russe. Pour preuve, les visites effectuées au ministère de la défense géorgien du général Bantz J. Craddock, chef du Commandement européen des forces Us, et par Robert Simmons, représentant spécial pour le Caucase et l’Asie centrale du secrétariat général de l’Otan.

Mais ce n’est pas les seul objectif. A travers la brèche ouverte par la crise géorgienne, les Usa et l’Otan essaient de conquérir des positions encore plus à l’est, en faisant pression sur la Russie pour l’évincer de l’Asie centrale ex-soviétique : zone d’immense importance, que ce soit pour ses réserves énergétiques de la Caspienne comme pour sa position géostratégique par rapport à la Russie, la Chien et l’Inde. Est ainsi créé sur un front déplacé vers l’est, une confrontation qui n’est pas moins dangereuse que celle de la guerre froide.

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Edition de mardi 26 août 2008 de il manifesto
 

 Article de l'Orient le jour en août 2007
 La Georgie prend des risques avec la Russie, son puissant voisin.

b65eecb63fbd5d77543bbcf94e75363b.jpgLa Géorgie tente coûte que coûte de marquer des points dans son bras de fer avec la Russie en poussant l’OTAN à accélérer l’intégration à l’Alliance, mais prend le risque de s’aliéner un peu plus le puissant voisin du Nord, avec le danger ultime d’une confrontation militaire.


La presse russe estimait vendredi que les récentes tensions entre Moscou et Tbilissi, qui accuse la Russie d’incursions dans son espace aérien, accéléraient une adhésion à terme de la Géorgie à l’OTAN. Les autorités géorgiennes ont ainsi affirmé avoir tiré sur un avion militaire qui a, selon elles, violé son espace aérien mercredi à partir de la région séparatiste prorusse d’Abkhazie. Ces tensions bilatérales se sont exacerbées depuis la chute d’un missile sur le sol géorgien le 6 août, Tbilissi déclarant qu’il provenait d’un avion russe. La Géorgie se sert de ces incursions russes présumées dans son espace aérien pour convaincre l’Occident de sa "vulnérabilité" et de la nécessité d’accélérer son entrée dans l’Alliance atlantique, commente la presse russe. Mais ce faisant, alors que Moscou évoque des « hallucinations » de la part de Tbilissi, la Géorgie risque d’irriter un peu plus la Russie, qui a déjà multiplié les mesures de rétorsion contre elle ces dernières années. L’Occident ne peut qu’observer avec une certaine inquiétude ce bras de fer.

"Nul parmi les grands pays occidentaux ne souhaite de confrontation militaire entre la Russie et la Géorgie", note Pavel Felgenhauer, analyste russe indépendant spécialisé dans les questions de défense.

Et si, pour Tbilissi, la Géorgie est parvenue à un stade d’intégration avancé à l’alliance militaire occidentale, préfigurant une adhésion rapide, à l’état-major de l’Alliance, le ton reste prudent depuis le début de la dernière "crise du missile". Les autorités géorgiennes et l’OTAN sont convenues de rester en "contact étroit" à propos de cette affaire, s’était borné à indiquer un porte-parole de l’OTAN à Bruxelles quelques jours après.

Salomé Zourabichvili, ex-ministre des Affaires étrangères entrée dans l’opposition, rappelait récemment "quà force de crier au feu, la Géorgie risque un jour de ne pas bénéficier de toute sa crédibilité à un moment où elle aura vraiment besoin du soutien de ses partenaires occidentaux".

Or, Moscou mène la vie dure à l’État caucasien pour tenter de freiner les ambitions occidentales du président Mikhaïl Saakachvili, activement courtisé – et aidé – par Washington depuis son arrivée au pouvoir en 2004 à la faveur de la "révolution de la rose". En pleine vague de froid, en 2006, la Géorgie est privée de gaz russe, après des explosions endommageant le principal gazoduc desservant le pays. Quelques mois plus tard, Moscou interdit l’importation du vin et de l’eau minérale de Géorgie. En septembre 2006, après l’arrestation en Géorgie de quatre officiers russes accusés "d’espionnage", la Russie suspend ses liaisons aériennes, terrestres, maritimes et postales avec Tbilissi. Parallèlement, Moscou aide économiquement et politiquement l’Abkhazie, région autonome séparatiste de l’ouest de la Géorgie, et observe de manière plutôt bienveillante les velléités séparatistes d’une autre région géorgienne, l’Ossétie du Sud.

Si la Russie a annoncé l’évacuation totale de sa présence militaire de Géorgie d’ici à fin 2008, elle dispose toujours de bases dans le pays et peut compter sur un important déploiement aux portes même du Caucase.

Source du texte  www.lorientlejour.com 

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