Interdiction du maïs transgénique en Allemagne ?
Prochaine interdiction du maïs transgénique en Allemagne ?
Le parti vert "Die Grünen" tente de faire adopter par le Bundestag un décret devant interdire la vente et l'ensemencement du maïs transgénique MON 810, la seule sorte de maïs génétiquement modifié autorisée en Allemagne et produite par la compagnie américaine Monsanto. En s'appuyant sur la législation européenne, le Gouvernement fédéral aurait également l'intention de prévenir l'utilisation de toute autre sorte de maïs génétiquement modifié, en créant des zones vierges de toutes cultures transgéniques. Die Grünen soutiennent ainsi l'annonce de la Ministre fédérale de l'agriculture, Ilse Aigner (CSU), qui a déclaré mi-février 2009 souhaiter réévaluer l'interdiction du maïs MON 810 en Allemagne.
Le maïs génétiquement modifié MON 810 possède le gène d'une bactérie mortelle pour la pyrale du maïs, un papillon dont les larves ravagent les cultures de maïs mais aussi, entre autres, de tournesol, de houblon et de chanvre. Ce maïs présenterait, en outre, de nombreux avantages pour la biodiversité et l'environnement (utilisation plus faible de pesticides). Ce maïs transgénique est principalement employé dans le Land de Brandebourg - où il représente presque 40% de la récolte de maïs de la région - mais également en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Néanmoins, devant les actions répétées des militants anti-OGM et la méfiance latente de la population allemande à l'encontre des cultures génétiquement modifiées, la production de maïs MON 810 est en diminution, passant de 4.500 hectares cultivés en 2008 à 3.700 prévus en 2009. La recherche dans le domaine est elle aussi en retrait, les Universités de Gießen et Nürtingen ayant stoppé leurs essais suite à la destruction systématique des plans tests de maïs génétiquement modifié par les militants anti-OGM.
L'annonce de la Ministre fédérale de l'agriculture s'inscrit dans une série d'actions politiques menées actuellement à l'encontre des cultures transgéniques. Le Ministre bavarois de l'environnement, Markus Sönder (CSU), souhaite par exemple limiter les cultures génétiquement modifiées destinées à la recherche dans des serres. Sönder veut également augmenter de 1.000 mètres la distance entre les champs de cultures conventionnelles et transgéniques, restreignant considérablement les chances pour les petits agriculteurs de pouvoir cultiver des céréales génétiquement modifiées. Le Ministre de l'environnement du Land de Brandebourg, Dietmar Woidke (SPD), a aussi pris position contre la culture de maïs génétiquement modifié qu'il estime risquée et préjudiciable au tourisme dans la région.
En Allemagne, beaucoup d'hommes politiques se prononcent toutefois en faveur des cultures génétiquement modifiées et voient en la décision de la Ministre Aigner un mauvais calcul pour l'agriculture et la recherche allemandes. "L'Allemagne va s'écarter d'une technologie du futur" en interdisant la culture de maïs transgénique, considère Christel Happach-Kasan (FDP). Elle pense que la Chancelière allemande doit faire prévaloir sa politique en matière de biotechnologies sur " la prise de décision populiste de la CSU " concernant le maïs transgénique en Allemagne. Dans le Brandebourg, qui est le Land avec la surface de maïs MON 810 cultivée la plus importante, l'interdiction pourrait mettre en péril plusieurs emplois ainsi que la recherche de pointe dont le Land bénéficie dans ce domaine.
Selon une étude internationale, 13,3 millions d'agriculteurs utilisent des plantes génétiquement modifiées. La plupart d'entre eux sont des cultivateurs modestes des pays en voie de développement. La surface totale des cultures transgéniques est de 125 millions d'hectares, soit un territoire grand comme trois fois l'Allemagne.
Source : Bulletins Ministère des affaires étrangères