250 milliards de dollars pour relancer les échanges
La banque mondiale dresse un tableau sombre pour 2009, mais pour elle, " un léger redressement pourrait se faire sentir en 2010...
( Robert Zoellick )C'est le premier déclin de la production mondiale depuis la 2ème guerre mondiale. Dans l'ensemble, la croissance mondiale devrait se contracter à 1,7%. Le commerce risque d'enregistrer le recul le plus significatif depuis 80 ans. Le moteur du commerce mondial a du mal à tourner ; les exportations sont en chute, les entreprises licencient, ferment pour certaines...les rouages sont grippés " : c'est le constat de cet organisme.
" Nous saluons le haut niveau de coopération entre les institutions du secteur public et privé qui nous permet de lancer le programme de liquidité pour le commerce mondial en faveur des pays en développement ", déclare un responsable.
Pour pouvoir continuer à mener a bien leurs activités à l'exportation, 250 milliards de dollars vont être débloqués au cours des deux prochaines années par le G20 en faveur du financement des échanges commerciaux, sous forme de crédits à l'exportation ainsi que par le biais des agences d'investissement et des banques multilatérales de développement. (? )
Le groupe de la banque mondiale et plusieurs de ses partenaires vont proposer des liquidités à hauteur de 50 milliards de dollars.
| | Le siège de la Banque mondiale à Washington © Worldbank.org | ![]() |
La Banque mondiale a été créée en 1944, avec l'objectif de relever l'Europe de la guerre. Conçue sur le modèle d'une banque classique, elle accorde des prêts aux pays dans le besoin. Le premier a été accordé à la France (250 millions de dollars) en 1947. Après la reconstruction, la Banque mondiale a fait évoluer ses missions vers la lutte contre la pauvreté.
Qui la compose ?
La Banque mondiale est semblable à une coopérative, dont les actionnaires sont des Etats. 185 pays en font partie.
Ces actionnaires sont représentés par un Conseil des Gouverneurs, qui est l'organe de décision de l'institution. Nommés pour cinq ans par leur pays, les gouverneurs se réunissent une fois par an, à l'occasion d'une assemblée commune avec le Fonds monétaire international (FMI). Ils approuvent les demandes d'admission de nouveaux membres ou arrêtent le montant des prêts.
Paralèllement, la gestion quotidienne de la Banque mondiale est confiée à 24 administrateurs permanents.Les cinq principaux actionnaires (Allemagne, États-Unis, France, Japon, Royaume-Uni) nomment chacun un administrateur, et les autres pays membres sont représentés au total par 19 administrateurs. Ce sont eux qui élisent le président de la Banque.
Enfin, 10 000 spécialistes originaires du monde entier, économistes, éducateurs, scientifiques ou encore anthropologues, contribuent aujourd'hui aux actions de la Banque mondiale. 109 bureaux regroupant 40 % des employés de la Banque sont implantés à travers le monde. Le reste étant basé au siège, à Washington.
Par exemple, elle agit actuellement sous forme de micro crédit en Bosnie-Herzégovine, finance la lutte contre le Sida en Guinée ou encore la reconstruction après l'indépendance du Timor Oriental.
Quels son ses outils ?
En plus de ce soutien strictement financier, la Banque mondiale fait bénéficier ses partenaires de son expertise en menant régulièrement des études sur le terrain.
En 2006, elle a injecté 23,6 milliards de dollars dans 279 projets de développement au total. L'équivalent du PIB du Sri-Lanka. Près de 500 milliards de dollars ont été distribués depuis sa création.
C'est traditionnellement le ministre des Finances français qui siège au Conseil des gouverneurs de la Banque mondiale. Depuis le remaniement du gouvernement Fillon, c'est donc Christine Lagarde qui assure aujourd'hui ces fonctions.
Etant l'un des principaux actionnaires de la Banque mondiale la France a aussi le droit de nommer un administrateur permanent. L'administrateur français est actuellement Pierre Duquesne.
Les estimations divergent en revanche sur l'évolution de la pauvreté. La Banque mondiale définit comme "pauvres" les ménages qui disposent de moins de 2 dollars par jour et comme "très pauvres", ceux-qui disposent de moins de 1 dollars. Selon ce mode de calcul, elle estime que la pauvreté est passée de 40 à 21 % de la population mondiale ces 20 dernières années.
Mais il est impossble de déterminer la part revenant à la Banque mondiale dans ces résultats. Son action est d'ailleurs régulièrement mise en cause par des analystes et des politqiues.
D'abord du fait de la domination des pays occidentaux dans sa gouvernance : les cinq principaux actionnaires disposent chacun d'un administrateur alors que les 180 autres membres sont représentés par seulement 19 personnes ! Le président de la Banque, désigné par le principal actionnaire, les Etats-Unis, est traditionnellement un Américain.
Malgré les 30 à 40 % de ses employés en prise directe avec le terrain, la Banque mondiale est également confrontée à la concurrence. Les pays du sud comme la Chine, l'Inde et le Brésil, sous-représentés dans l'organisation, sont récemment passés du statut d'emprunteurs à celui de prêteurs et jouent la carte du grand frère protecteur. La Banque mondiale tente de fédérer ces initiatives dans les "Objectifs de développement pour le millénaire" (ODM) fixés en 2000.
Enfin, alors que la Banque mondiale a fait de la lutte contre la corruption l'un de ses principaux chevaux de bataille en 2005, elle vient d'être ébranlée par un scandale touchant son président, Paul Wolfowitz. Surnommé "l'incorruptible", ce dernier a été accusé de népotisme au printemps 2007, après avoir imposé la promotion et l'augmentation de sa compagne au sein même de la Banque mondiale. Des accusations confirmées par une enquête du conseil des administrateurs qui l'ont poussé à annoncer sa démission le 30 mai.
C'est dire tous les chantiers qui attendent le nouveau président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, élu le 25 juin 2007 par les administrateurs. A 53 ans, il a déjà été l'adjoint de Condoleezza Rice au secrétariat d'Etat de la maison Blanche, de 2005 à 2006. Son élection donne beaucoup d'espoirs aux pays membres. En plus de la crédibilité acquise dans de hautes fonctions, l'homme est réputé pour son ardeur au travail et est doté d'une énergie exceptionnelle. On raconte même qu'il est capable de rentrer chez lui en courant pendant plus de 10 km après le travail...
Dans sa première déclaration, Robert Zoellick a annoncé vouloir, dans un premier temps, "calmer le jeu" après la démission de son prédécesseur. Mais la tâche sera difficile. Avant de prendre ses fonctions le 30 juin, il a déjà été critiqué par d'anciens cadres de la Banque mondiale, comme Joseph Stiglitz, pour son action protectionniste sur les produits agricoles américains lorsqu'il était chargé des relation commerciales... Conscient de l'enjeu, ce proche de la maison Blanche devra très vite faire ses preuves pour remettre cette grande "multinationale" à flots.
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